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Un blog sur l'économie et sur le foot

Saturday, May 26, 2012

La CADES va t-elle exploser ?


Bonjour tout le monde. Aujourd'hui, un petit article ludique sur une merveille de notre système social que "le monde entier nous envie", et qui sera sans doute à l'origine du prochain scandale en France : la CADES.

Kesako la CADES ? Voici la définition donnée sur le site : "la CADES a pour mission d'amortir la dette sociale française au moyen d'une structure financière équilibrée, s'appuyant notamment sur des ressources fiscales. Elle est une institution, qui allie les garanties que peut offrir un établissement public (par exemple l'impossibilité de faire faillite) avec une organisation et une transparence aussi proches que possible de celles des établissements financiers classiques."

On notera notamment avec amusement "l'impossibilité de faire faillite". Plus simplement, la CADES est l'une de ces institutions inutiles créées pour employer les hauts fonctionnaires : une personne pour creuser le trou, une pour le reboucher, ça fait 2 nouveaux emplois. La CADES s'occupe en effet de gérer la dette liée à la Sécurité Sociale (pour simplifier). Il s'agit d'une dette que la SS a accumulée, car elle est continuellement dans le rouge, mais elle est liée à l'Etat, puisque la SS est garantie par l'Etat. Cette dette devrait donc être comptabilisée comme une dette étatique. Mais non ! Nous sommes en France ! Les hauts fonctionnaires ont donc imaginé la création d'une "boîte" pour transférer cette dette.

Comment ça marche ? Lors de sa création, la CADES s'endette de 1 500 par exemple, et elle donne 1 000 à l'Etat, prenant donc en charge ces 1 000 de "dette sociale". Pour se financer, la CADES dispose d'une ressource propre, la CRDS, une taxe instituée lors de sa création en 1996 et prélevée sur les salaires. Bien entendu, ce n'est pas grâce à ce revenu que la CADES a pu immédiatement donner 1 000 à l'Etat, mais en s'endettant (les 1 500). Comptablement, la CADES a donc immédiatement 1 500 de dettes, 500 de trésorerie (1 500 venant de la dette moins les 1 000 donnés à l'Etat) et donc pour compenser des capitaux propres négatifs de -1 000. Enfin, afin de rembourser sa dette de 1 500, la CADES est supposée utiliser son revenu de CRDS durant un certain nombre d'années (l'amortissement). Magique. Inutile et comptable, mais magique quand même.

Ceci est très schématique, mais ça fonctionne à peu près comme ça. Dans les comptes du premier exercice en 1996, on voit bien les capitaux propres négatifs: http://www.cades.fr/node/129. Je pourrais parler des heures de ce superbe bilan qui fait apparaître un total de 8MdsFrs pour 145MdsFrs de dette mais passons. L'important est juste de comprendre que la CADES reçoit une petite contribution liée à un impôt et rembourse une part de la dette de l'Etat. Jusque là, rien à dire.

Le problème commence quand le gouvernement transfère à nouveau en 2009 et 2010 de nouvelles dettes (environ 100 Mds EUR). On notera le changement de dimension : 100MdsFrcs en 1996 et 100Mds EUR aujourd'hui. Ce versement s'accompagne du rallongement de la durée de vie "théorique" de l'institution de quelques années et de l'affectation de nouvelles contributions (les impôts). On institutionnalise une institution qui devrait être provisoire en quelque sorte, l'Etat débordant d'argent pas cher, il a quand même le droit de le gaspiller.

Bon, là encore, rien à dire, c'est encore comptable. Le Président du Conseil d'Administration de la CADES semble d'ailleurs ravi, avec un message amusant sur le site Internet:

"L’année 2011 a été une nouvelle fois l’occasion pour la CADES de démontrer sa solidité et son efficacité. Ainsi, en 2011, la CADES a versé 65,3 milliards d’euros à l’ACOSS avec un dernier versement de 2,3 milliards d’euros réalisé le 9 décembre 2011, conformément à la loi de financement de la Sécurité Sociale (LFSS) pour 2011. Parallèlement, l’exécution du programme de financement se poursuit favorablement."

Cette personne est manifestement heureuse de gérer une institution inutile.

Venons en au futur scandale. Au 30 juin 2011 (http://www.cades.fr/sites/default/files/files/cades/pdf/comptes/Comptes_sem_2011.pdf), les capitaux propres de la CADES sont négatifs de -137Mds EUR vs -137Mds Frcs exactement lors de sa création. Sachant que le but de la CADES est que ce montant soit égal à 0, on a pas l'impression qu'elle y arrive vraiment. C'est amusant. D'ailleurs, on voit ça très bien sur le graphique suivant : http://www.cades.fr/themes/cades/images/homard_grand.jpg. Le montant de la situation nette ne fait que baisser (les capitaux propres) mais à partir de 2012, promis, ça va remonter (sachant que le graphique n'est pas à jour, la situation nette n'est pas à -80Mds EUR mais -137Mds EUR, donc c'est encore bien pire que ça .... une sorte de tonneau des Danaïdes moderne).

Mais le meilleur est à venir. La CADES s'endette en effet auprès de beaucoups d'investisseurs, et notamment des étrangers. Sur une dette d'environ 140Mds EUR, 40% sont en devise, c'est à dire dans une autre monnaie étrangère (56Mds EUR). Hors pour rembourser sa dette, la CADES ne reçoit que des Euros. La CADES procède donc à des opérations de "couverture", et déclare donc (à travers des contrats dérivés) qu'elle n'est endettée résiduellement qu'en Euros.

Sachant que l'Euro baisse par rapport au Dollar, sachant également que les revenus de la CADES ne sont qu'en Euros, sachant enfin que le financement en dollars s'est tari significativement dans le secteur bancaire européen en raison des du resserrement monétaire américain et que la BCE ne survit qu'à travers des accords de swap avec la FED, combien de temps le système actuel va t-il tenir et surtout, le coût de cette "couverture" étant appelé à augmenter fortement, combien cela va t-il coûter aux contribuables français ?

Monday, May 14, 2012

Auxerre, parce que c'était ça - Football

Pendant que les commentateurs à la petite semaine et les néo-fans de clubs ultra-riches s'emballent sur l'affrontement dantesque entre Montpellier et le PSG, Auxerre est relégué en Division 2. Dans l'indifférence générale, sauf celle des vieux briscards qui se rappellent avec nostalgie des faits d'armes d'une épopée de plus de 30 ans. Une équipe sortie de nulle part, dirigée par un paysan, et qui a écrit parmi les plus belles pages du football hexagonal.

Parce qu'avant de lutter pour le maintien et d'enchaîner quelques saisons parfois ternes, Auxerre a fait vibrer plus d'un vrai amateur de football en France. Souvent en lutte pour le maintien ces dernières années, on oublie trop souvent que l'AJA était l'un des plus grands clubs de France pendant les années de l'âge d'or (1995-2005).

S'il devient difficile aujourd'hui de s'enthousiasmer pour les clubs de province, et à une époque où même le FC Barcelone a vendu son maillot aux arabes, il est important de se rappeler que l'histoire du football ne se réduit pas à l'alignement de noms ronflants lors des compositions d'équipe, ni aux zéros alignés lors des périodes de mercato. Le football, c'est avant tout le sport que tous les gamins pratiquent le samedi après-midi des longues journées d'été, lorsqu'il n'y a rien à la télé, les couvertures de Onze Mondial et de So Foot, les posters sur les murs et les soirées radios. Et Zahia.

Alors parce qu'Auxerre ce n'est pas seulement le dernier du championnat 2011-12 de Ligue 1, pas seulement le club d'une ville de 30 000 habitants, pas seulement un club anonyme sur la longue liste des champions aux noms moins prestigieux que leur carnet de chèque, rappelons nous. Depuis un soir d'avril 1993, Auxerre c'était aussi ça:

- Une formidable victoire 2-0 contre le Borussia Dortmund en demi-finale retour de la Coupe de l'UEFA (la C3) en 1993, suivie d'une élimination aux tirs aux buts. S. Mahé en larmes dans les bras de G. Roux. Auxerre aurait dû gagner la Coupe d'Europe cette année là.

- Le coup de tête de F. Verlaat qui permet à l'AJA d'accrocher le nul à Highbury contre Arsenal au printemps 1995, quart de finale aller de la Coupe des Vainqueurs de Coupe (C2), dans un des plus beaux matchs de son histoire et qui n'aura jamais été retransmis à la télévision française à cause de la loi Evin, Highbury étant rempli de publicités pour des marques de cigarettes. Chouette, les socialistes sont de retour.

- Le doublé de D. Cissé contre le PSG en seizièmes de finale de la Coupe de France en 2000-01, avec une victoire 4-0 à la clé au Parc des Princes.

- Corentin Martins qui soulève l'unique trophée de Championnat de France de D1 de l'histoire de l'AJA, en 1996. Entre 1993 et 2012, Auxerre aura gagné autant de championnats que Marseillle et le PSG.

- Le commentateur radio de RTL, qui égrène le nom des buteurs toutes les 3 minutes lors du 7-0 administré à l'Olympique Lyonnais lors de la saison 1996-97 à l'Abbé Deschamps.  

- La victoire en finale de la Coupe de France en 1994 contre ... Montpellier, 3-0.

- Les dribbles de Diomède, Cocard, Vahirua (le grand frère), Kapo, ailiers-symboles du football offensif et du 4-3-3 auxerrois.

- Le triplé de S. Guivar'ch face à l'Olympique de Marseille en quart de finale de Coupe de la Ligue en 1997, avec notamment un 3ème but fabuleux du pied gauche en lucarne à 1 minute du coup de sifflet final.

- La victoire 5-0 à St Etienne lors de la saison 1995-96, année du sacre.

- La défaite 3-1 au Parc des Princes lors de la saison 1995-96, avec un chef d'oeuvre de Y. Djorkaeff dès la 2ème minute pour le PSG. La victoire 3-0 au match retour. Le PSG finira deuxième.

- La victoire 2-1 en finale de Coupe de France face au PSG en 2003. Auxerre, bête noire du PSG.

- Le doublé de T. Deniaud, illustre inconnu, contre les Glasgow Rangers en 1996 pour une victoire improbable 2-1 à Ibrox Parks. Il marquera encore contre les Grasshopper Zürich lors de la victoire importante 1-0 du match de poule aller. T. Deniaud aura joué en tout et pour tout 2 matchs de Ligue des Champions, pour 3 buts marqués. Sans doute le meilleur ratio de l'histoire.

- Les victoires remportées contre l'Ajax d'Amsterdam en 1993 (4-2), 1996 (2-1), 2005 (3-1) et 2010 (2-1).

- B. Martini, L. Charbonnier et F. Cool, gardiens du temple.

- Le retourné acrobatique somptueux de L. Laslande contre le Borussia Dortmund en quart de finale aller de la Ligue des Champions en 1997, refusé par l'arbitre. L'AJA perd 3-1 et le Borussia est Champion d'Europe cette année là. 

- L'élimination en quart de finale de la Coupe de l'UEFA en 2005, face au CSKA Moscou. Comment ont-ils pu perdre 4-0 au match aller ?

- Les 4 Coupes de France remportées en 1994, 1996, 2003 et 2005. Le meilleur total derrière le PSG.

- Y. Lachuer, E. Cantona, A. Boumsong, B. Boli, S. Lamouchi, D. Cissé, B. Diomède, G. Baticle, F. Verlaat, F. Prunier, L. Blanc, C. Martins, M. Saïb, F. Pedretti, E. Scifo, L. Charbonnier, C. Cocard, P. Mexès...

Toute une page d'histoire du football moderne se tourne aujourd'hui. En France, la Ligue 1 et son président ont fait de l'élite française un cimetière des ambitions dont l'unique objet est de fournir de la chair à canons pour les tours préliminaires des grandes compétitions européennes. En Europe, la Ligue des Champions n'est plus que l'unique horizon d'une communauté qui a supprimé la C2 et qui a fait de la C3 un mouroir.

Pourtant, Auxerre, c'était une demi-finale et trois quarts de finale de Coupe de l'UEFA, un quart de finale de Coupe des Vainqueurs de Coupe et un quart de finale de Ligue des Champions.

Je souhaite bien de la chance aux prochaines générations qui hériteront d'un football clinique, "propre", et aseptisé. Nul doute qu'ils ne vivront plus les mêmes frissons.

Merci l'AJA.

Tuesday, May 08, 2012

Une nouvelle ère


Dimanche dernier, le Parti Socialiste a donc gagné l'élection présidentielle. Le peuple français tout entier (enfin, celui de gauche du moins), rassuré notamment par la placidité et le sérieux de son candidat, François Hollande, s'est précipité dans les bras de son sauveur présumé. Qu'attendre à l'issue de ce scrutin ? Vous savez en effet si vous suivez ce blog depuis quelques mois que les principaux problèmes du pays (qui peuvent être résumés en une assertion : la France ne produit pas les richesses correspondant à son niveau de vie factice) n'ont pas été traités durant la campagne, ni oralement, ni factuellement dans les programmes des principaux candidats (à l'exception peut-être de François Bayrou, et encore), et que, selon la célèbre expression, "plus dure sera la chute". 

Avant d'aborder joyeusement le sujet du matraquage fiscal qui vous guette (vous qui n'êtes ni assez riche pour percevoir les allocations, ni assez pauvre pour défiscaliser votre magot), tentons d'aborder les contours des prochaines évolutions en Europe. Comme vous le savez en effet, la situation demeure très préoccupante d'un point de vue financier, or rien ne semble être proposé ou réalisé au niveau européen pour résoudre les problèmes structurels de fonds des économies européennes. Nous pensons en premier lieu aux économies dits "du sud", l'Europe du Nord allant très bien, merci pour elle. Imaginons donc ce qui va se passer d'ici un an, c'est à dire l'horizon à partir duquel tout risque de se casser la figure.

La Grèce vient massivement de non-voter ce dimanche, les votants appuyant pour leur part principalement les partis extrémistes communistes et néo-nazis (environ 35%). Ce vote, qui n'est pas une surprise, va bien évidemment favoriser l'abandon de l'euro par la Grèce et sa sortie de l'Union Européenne. Je vous rappelle en effet que la Grèce est déjà en faillite et ne vit que d'une subvention généreuse accordée annuellement par l'UE ("exceptionnelle et temporaire" bien entendu) pour maintenir tant que faire se peut le niveau de vie de la population grecque. Cette perfusion ne peut être maintenue indéfiniment, sauf à imaginer que les autres pays d'Europe le souhaitent. Si nous retournons en démocratie, à un moment se posera peut-être la question de savoir si les citoyens sont d'accords mais en attendant, ce sera plutôt la question de la capacité à maintenir un tel effort financier qui se posera. Attendez vous donc d'ici peu au retour de la drachme en Grèce, c'est inéluctable. 

La question qui se pose alors est de savoir si l'Europe va poursuivre son morcellement progressif. En effet, l'euro, nous le répétons, n'est pas une monnaie adaptée aux pays "du sud", révélant leur carence tant d'un point de vue de compétitivité industrielle que leur préférence pour la redistribution au détriment de la production. L'Italie, l'Espagne, le Portugal, bien sûr la France, et d'autres, sont donc en train d'emprunter le chemin déjà suivi par la Grèce. Instrument fédéral par excellence, l'euro n'est pas complété par un dispositif budgétaire fédéral adéquat permettant de lier les différents modèles économiques européens ensemble, chacun devant donc s'aligner sur le plus performant, le modèle allemand. C'est déjà pour le cas pour l'Autriche, les Pays-Bas et les autres pays productifs du Nord. 

La France, par son choix de dimanche, vient d'annoncer son refus d'un tel alignement, et sa volonté de conserver le modèle redistributif actuel. Le président élu F. Hollande a déjà annoncé son désir de renégocier le dernier accord européen en le complétant par "un volet de croissance". Que signifie ce charabia de merde ? Voici : la France ne produit pas son niveau de vie, et doit donc s'endetter pour compléter ses revenus. Maintenir le niveau de vie actuel de la population française signifie maintenir le niveau d'endettement du pays. Or la France, non compétitive, produit de moins en moins (car elle ne vend pas), et doit donc s'endetter de plus en plus. C'est le travers de tout régime plus ou moins socialiste, déresponsabilisant les individus, et encourageant le farniente, la France ne vivant dès lors plus qu'aux crochets d'une minorité extrêmement productive (lire "La guerre des deux France" de J. Marseille). Comme je l'écrivais en novembre 2011, la poursuite de cet endettement n'est plus possible au niveau français. Le président élu souhaite donc qu'il se poursuive au niveau européen, à travers deux volets : (i) la création d'une nouvelle couche d'endettement au niveau européen et (ii) le financement du déficit budgétaire par la Banque Centrale Européenne.

La création d'une nouvelle couche d'endettement au niveau européen, c'est tout simplement les Eurobonds, c'est à dire une sorte de dette mutualisée. Cette dette doit permettre, selon le président élu, de mener une politique de relance à travers des investissements. Pour mémoire, la France est en "relance" depuis plus de 35 ans car elle n'a jamais équilibré son budget depuis 1975. Par ailleurs, la part des investissements dans les dépenses de l'Etat est inférieure à 5% depuis 30 ans. La crédibilité d'une telle politique par un président français est donc nulle.

Le financement du déficit budgétaire par la Banque Centrale Européenne, c'est simplement la planche à billets : la BCE crée de la monnaie et la prête aux Etats. Économiquement, il s'agit d'un non sens, puisqu'il s'agit simplement de créer de l'argent puis de le distribuer, sans produire de richesse, ce qui est bien évidemment plus facile politiquement à faire passer que des réformes structurelles qui permettent de créer des entreprises, des emplois, et des salaires. Néanmoins, la conséquence est toujours la même : une inflation plus ou moins forte qui enrichit ceux qui en bénéficient au départ (les gouvernements et les banques, ainsi que tous les individus qui en dépendent) et appauvrit ceux qui la paient (les consommateurs). L'erreur de la BCE est d'avoir permis aux banques insolvables européennes de se refinancer facilement à travers un programme récent de 1 000 milliards à un taux de 1%, encourageant bien évidemment les dirigeants politiques à demander la même chose pour les Etats, qui les en blâmerait ?

Remarquons que cette volonté d'imposer à l'Allemagne un agenda dont elle ne veut pas dérive de la longue tradition anti-germaniste française qui s'est notamment illustré par le fameux "l'Allemagne paiera" du Bloc National en 1919, et qui trouve son prolongement dans les réflexions de nombreux intellectuels (E. Todd) ou dirigeants politiques (A. Montebourg) français. Cet anti-germanisme est notamment alimenté par la dette morale issue de la 2nde guerre mondiale donc l'Allemagne continue d'être tributaire, du moins aux yeux de certains français.

Quelle sera donc la position de l'Allemagne ? D'un pur point de vue financier, l'Allemagne sait que l'équilibre actuel est intenable. En effet, les pays "du sud" doivent se réformer pour demeurer compétitif, or ils ne le peuvent (Espagne) ou le veulent (France) pas. Soumise à des pressions de plus en plus fortes, l'Allemagne se posera mécaniquement la question de son maintien ou non dans la zone euro. C'est en effet, au coût près, la solution la plus élégante au problème de l'euro. Mais ce retrait serait considéré, à tort ou à raison, comme la fin du projet européen et serait impensable pour la majorité de la classe politique allemande, héritière de Willy Brandt et d'une certaine façon, soumise elle aussi au poids de la dette morale issue de l'histoire. 

L'Allemagne, via A. Merkel ou un nouveau chancelier, acceptera donc certaines revendications françaises. Si le statut de la BCE est un casus belli, l'Allemagne refusant d'avilir la monnaie, elle devrait accepter la création d'une couche d'endettement européenne, que les socialistes français s'empresseront d'appeler "Eurobonds" afin d'exploiter politiquement ce "succès". En contrepartie, l'Allemagne exigera la création d'une mini-taxe au niveau européen (probablement un demi-point de TVA) pour financer le coût de cet endettement. L'honneur sera donc sauf de chaque côté. 

Néanmoins, ce probable accord ne réglera pas les trois questions essentielles qui se posent aujourd'hui et qui font craindre à la fois une explosion économique mais également une régression démocratique significative dans nos pays :

1. La France, et par extension tous les pays "du sud", peuvent-ils maintenir leur niveau de vie sans se réformer et sans rien produire, et surtout, le méritent-ils, ou s'agit-il d'un droit acquis à la naissance ?

2. Sans réformes structurelles au sein de ses composants, l'Union Européenne peut-elle exister sans fédéralisme important, notamment au niveau de son budget ?

3. La fédéralisation indispensable au maintien de l'euro sans réformes structurelles peut-elle se faire sans un recul de la démocratie et des droits individuels qu'engendreraient inévitablement un éloignement des centres de décision des citoyens européens et l'attribution de droits sans cesse étendus et incontrôlés à une technostructure européenne ?


Pendant ce temps là en Argentine, le gouvernement argentin nationalise la filiale d'un grand groupe pétrolier espagnol. Aucun rapport. 

Wednesday, April 18, 2012

Road to Présidentielles 2012 - L'Etatisme triomphant

Alors que Jean-Luc Mélenchon vomit sa haine de la civilisation qui lui a permis d'avoir une éducation libre et a donné le droit de vote à ses partisans, arrêtons-nous quelques instants sur le bal des courtisans autour de la personne de M. Hollande.

Comme vous l'avez constaté, depuis quelques jours, beaucoup de grandes figures de la politique française se prononcent pour un ralliement autour de la personne du candidat du PS, seule capable de "rassembler les français". On parle là de très très importantes personnes : Azouz Legag (ancien Ministre délégué à la Promotion de l'égalité des chances sous D. de Villepin), Corine Lepage (ancienne Ministre de l'environnement sous A. Juppé), Martin Hirsch (ancien Haut-commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté sous F. Fillon), Fadela Amara (ancienne Secrétaire d'État chargée de la Politique de la ville sous F. Fillon) et même Brigitte Girardin (ancienne Ministre de l'Outre-mer sous JP. Raffarin). Sans compter ce qu'on appelle le "clan Chirac" (sauf Mme Bernadette Chirac) y compris son "Grand Patriarche". Bref, tout sauf des seconds couteaux.

Mais ce qui ne manque pas d'intriguer, me direz-vous, c'est qu'il s'agit de personnalités ayant exercé des responsabilités sous des gouvernements dits "de droite". Je ne permettrai à personne d'oser imaginer un raisonnement simpliste concernant ce changement (abrupt pour certains) de trajectoire politique (raisonnement du style "par ici la bonne soupe") car nous sommes en présence de personnes dignes, dotées d'un sens de l'Etat au-delà de toute mesure, c'est évident. Il faut bien alors trouver d'autres raisons à ces ralliements successifs.

Détestation de N. Sarkozy ? Rejet du mode de gouvernement actuel ? Volonté de se tourner vers une figure "rassembleuse" ? Solidarité technocratique (N. Sarkozy n'ayant pas fait l'ENA par exemple) ? Des pistes possibles mais qui me paraissent manquer leur cible, tant la singularité commune de cette vague semble être la volonté de préserver ce qu'on appelle le modèle social français (défini de façon assez élégante par DiscoTonio comme le modèle où les jeunes pauvres donnent tout leur fric aux vieux riches) et son corollaire indispensable : l'Etat.

Ce qui rassemble ces personnalités, c'est en effet manifestement un étatisme débordant. Menacé par la crise économique, et faisant face à un bilan de 30 ans calamiteux (je vous renvoie à mon poste du 29 novembre dernier), l'Etat est en effet plus que jamais sur la sellette. En tout cas, l'Etat tel qu'il est envisagé par les classes dirigeantes françaises, nostalgiques de leur aristocratie d'Ancien Régime, c'est à dire protecteur, défenseur, corrupteur, confiscatoire et moralement omniscient (à l'image de ses dirigeants). L'Etat moderne ? Connaît pas.

Alors que se profile à un horizon très court-terme une gigantesque crise financière, les racines de la précédente crise n'ayant pas été traitées, les dirigeants actuels et leurs affidés continuent d'ignorer la réalité de la société moderne et persistent dans leur vision passéiste d'un Etat forcément stratège, forcément planificateur, capable de décider pour et d'orienter les choix des citoyens français. Et bien entendu, pour que cela marche, il faut ... des sous. Face à ce constat, ce qu'on appelle en France la différence droite-gauche semble disparaître, pour ne laisser qu'un magma bien mou d'étatisme triomphant, et de décideurs politiques auto-satisfaits, bien entendu favorables à l'introduction continue de lois nouvelles et à la levée d'impôts nouveaux.

Pourquoi ne votent-ils pas pour JL Mélenchon dans ce cas-là ? Car le programme de JL Mélenchon mènerait très rapidement à la faillite du pays (une question de jours), ce qui détruirait le ferment de la société (le contrat social) ainsi que les fondations de l'Etat, et mènerait probablement à une guerre civile (et probablement à quelques lynchages de personnes fortunées). F. Hollande est le choix de la raison, le seul capable de maintenir la fiction de l'Etat français classique et de son maintien dans le temps. Qu'importe la dette, les déficits, le chômage de masse, la destruction de la cohésion nationale, l'important est de continuer à renforcer l'Etat et donner du travail à la nouvelle caste aristocratique française : ses dirigeants politiques.

On comprendra donc sans mal que d'ici les prochains jours, les ralliements de "grandes figures politiques" vont continuer dans le camp du candidat du PS. Pour sauver l'Etat bien sûr. Et surtout ses dirigeants.

Thursday, March 08, 2012

Road to Présidentielles 2012 - Fiscalité

Quelle fiscalité pour notre pays ? Chacun s'interroge après la dernière sortie du candidat F. Hollande, proposant de taxer à plus de 75% les revenus supérieurs à 1 million d'euros par an. Proposition inique pour certains, juste pour d'autres, elle illustre à la perfection le niveau limité atteint par la campagne présidentielle française, en période de croisière qui plus est.

Comme souvent sur ce blog, nous essayons de revenir à l'essence même de la politique publique. Qu'est-ce que l'impôt ? L'impôt, sous toutes ces formes (et elles sont multiples et bien cachées en France ...), est un prélèvement payé par le citoyen ou l'entreprise pour financer la politique de l'Etat. A la base de l'impôt, il y a donc le choix démocratique, celui du choix d'une politique publique ou d'une autre. C'est d'ailleurs le sens de l'élection présidentielle et des élections législatives qui suivront : définir un cadre, puis un programme. Rappelons que le Président de la République ne peut pas augmenter les impôts, c'est au gouvernement de le faire. F. Hollande pourrait-il, une fois élu, mettre en place un nouveau barème de l'impôt sur le revenu avec un parlement majoritairement à droite ? Non.

Etrange ce mélange des genres de la part de nos dirigeants politiques, sortis des plus grandes écoles et donc normalement supra-intelligents (vous savez, l'ENA), mais qui semblent incapables de comprendre le fonctionnement de nos institutions. J'imagine que le programme du PS pour les élections législatives sera : pareil.

Par ailleurs, rappelons que l'impôt ne fait pas en lui-même une politique publique. On prélève et on taxe pour financer quelque chose (par exemple les frais de bouche des députés), pas pour le plaisir. Mais peut-être que si pour F. Hollande ! Ce dernier le précise en effet dans une interview récente sur France 2. Qu'à t-il voulu faire à travers cette mesure ? Il a voulu dire : limitez vos rémunérations.

Nous voici au coeur du sujet : le parti socialiste et son représentant, 100 ans après s'être débarrassé du catholicisme en France, ont décidé ... de prendre sa place et de transformer la politique publique en un champ de combat moral, quasi-religieux. On passera sur le contexte de cette justification par F. Hollande, qui concernait un débat majeur pour la France (le salaire des footballeurs). Il est choquant de constater que les mesures proposées par un candidat important de l'élection présidentielle en 2012 ne sont pas justifiées par un souci de répondre à des problématiques spécifiques mais par une volonté moralisatrice de corriger et redresser de prétendus comportements "abusifs".

Que rapporterait une telle mesure ? 500 millions d'euros selon le site Révolution fiscale. Pour mémoire, le déficit budgétaire de la France approche les 100 milliards soit 100 000 millions. On constatera par ailleurs que le seuil de 1 million d'euros ne veut pas dire grand-chose. Sans doute ce seuil aurait-il été porté à 1 million de francs si nous avions encore notre monnaie. Et comment l'impôt en lui-même sera-t-il calculé ? Qu'inclura-t-il ? F. Hollande ne payait selon certains journaux que 5 000 euros d'impôt par an, sachant qu'avec toutes ses rémunérations et autres indemnités, il cumule entre 15 000 et 20 000 euros de revenus par mois ... Quelle crédibilité accorder à une proposition taillée sur mesure pour le premier clientélisme venu ? Sans doute L. Fabius, le prochain premier ministre (sic), exemptera de l'assiette de calcul les revenus issus des oeuvres d'art ou des biens immobiliers d'antiquité, ou que sais-je encore, exonérera-t-il les sportifs qui font "briller la France", ou les grands acteurs, "patrimoine de la France" ?

Pathétique, immature, consternante, l'élection présidentielle française poursuit sa course vers l'abîme. La démocratie française se transforme peu à peu en médiocratie, où les citoyens ne sont plus les juges impartiaux de campagnes loyales portant sur les sujets de fond mais les arbitres sous psychotropes d'une guéguerre puérile qui ne mènera qu'à reconduire encore et toujours la même oligarchie poussiéreuse aux postes à responsabilité.

La France se meure, croulant sous le poids d'un Etat phagocytant l'activité économique, d'une caste de dirigeants politiques reproduisant l'Ancien Régime, la grandeur en moins et d'un système médiatique complaisant contrôlant l'information et où règne l'entre-soi et l'autosatisfaction, abreuvant les citoyens-spectateurs d'imbécilités (quelqu'un a-t-il vu un article sur la crise iranienne qui peut déboucher d'un instant à l'autre sur une guerre mondiale ?).

Mais qu'importe après tout, on s'en fout. Lionel Messi a encore réalisé un prodige hier soir en inscrivant 5 buts en 8ème de finale de la Ligue des Champions contre le Bayer Leverkusen. Dans un prochain article, je reviendrai sur la carrière et le futur de ce joueur, le meilleur de toute l'histoire de ce sport.

Monday, February 20, 2012

La France : ce pays où tout est possible

Chers amis, brûlant d'impatience de déverser ma faconde bileuse et mon ulcère à l'estomac depuis quelques semaines, mais incapable de choisir entre tellement de grandes nouvelles pour notre pays (l'excellent déficit 2011 par Valérie Pécresse, le combat entre l'étatiste de Droiche et l'étatiste de Gaute Sarkollande, le débat sur la débâcle industrielle et commerciale de la France, la crise inter-générationnelle etc.), mon intérêt s'est arrêté ce matin devant l'exemple même de ce qui tire notre société vers le bas : la possible nomination de Jean-Louis Borloo à la tête de Véolia.

Que se passe-t-il ?

Véolia, c'est en gros une société de gestion des infrastructures publiques (eau, déchets etc.), l'héritière de la Générale des Eaux et consorts, l'un des bastions de ce curieux mélange étatisto-parisien du capitalisme à la française, le capitalisme de connivence (marque déposée). Son ancien PDG, Henri Proglio, cherche en effet à remplacer son PDG actuel Antoine Frérot. Rappelons que Henri Proglio est actuellement PDG de EDF, membre du Conseil d'Administration de Véolia, et était à la fois président de Véolia et PDG de EDF pendant quelques mois en 2009 lors de sa nomination. Etre PDG de EDF ne doit donc pas remplir un agenda.

Cette guéguerre a pour source le fait que Antoine Frérot, ayant hérité d'une situation catatrophique en 2009 (à la suite de Henri Proglio), a dû mettre en place des mesures de redressement importantes, qui ont fait notamment chuter le cours de bourse de Véolia. Surtout, ces mesures ont publiquement fait état de ce qu'est Véolia aujourd'hui : une société surendettée, mal gérée, et ayant mené une politique d'acquisitions coûteuses (si ça vous rappelle Aréva, ou Groupama, c'est normal). Et donc écorné l'image de "grand industriel" de Henri Proglio (dixit le Président de la République Nicolas Sarkozy), qui est apparu pour la première fois pour ce qu'il est : un habile courtisan ayant réussi à parvenir à la tête d'une grande société grâce à ses réseaux.

Car Véolia est une place forte des francs-maçons, ces humanistes qui oeuvrent tous les jours à servir notre pays et se servir aussi. EDF est également un bastion des francs-maçons, ceci expliquant cela sans nul doute cela. Henri Proglio a donc été publiquement humilié et cherche à se venger. On reconnaît bien là la grande maturité, le sens de l'intérêt général et la hauteur de vue de l'élite dirigeante en France.

Qui pour remplacer Antoine Frérot ? Jean-Louis Borloo bien sûr. L'ancien ministre de l'Ecologie, n'ayant jamais exercé la moindre responsabilité significative dans le monde privé (je vous renvoie à sa fiche Wikipédia), est un candidat idéal. Mais Jean-Louis Borloo est surtout l'ami intime de Henri Proglio, et aussi un soutien de Nicolas Sarkozy. Depuis son retrait de la course à l'investiture présidentielle, il n'a pas réussi à se recaser. Il faut donc lui trouver très rapidement un poste à la mesure de son immense talent. Comment faire d'une pierre deux coups.

Le capitalisme de connivence dans toute sa splendeur : un grand patron au bilan mitigé, voire désastreux, cherchant à virer son successeur lui ayant fait de l'ombre, et copinant avec le Président de la République pour trouver un poste à un de ses amis, qui se trouve de plus disponible et grand connaisseur du monde des collectivités locales, principal client de Véolia (ces vieux messieurs qui dînent dans les bons restaurants et font payer les frais de bouche aux contribuables).

Sans nul doute avez-vous cru lire une plaisante histoire distrayante ayant cours en Chine ou en Union Soviétique. Mais non, c'est bien en France. Et c'est en 2012.

La France, sans nul doute l'un des rares pays dans le monde où chacun a sa chance, où chacun, même le plus incompétent, peut accéder à la tête d'une grande société, à force de travail, de talent et d'opiniâtreté. La France, ce pays où tout est possible (mais n'oubliez pas de payer vos impôts quand même pour que ça marche).

PS : pour votre information, Dexia, la grande banque des collectivités locales, a perdu 12 milliards d'euros cette année. Un monde bien géré, sans nul doute.

Tuesday, January 24, 2012

Novlangue d'Etat

«Cela correspond à une amélioration de plus de 0,2% du PIB. Ces très bons résultats témoignent d'abord de la rigueur, de la sincérité et de la réactivité avec lesquelles le gouvernement gère les comptes publics. Valérie Pécresse.

L'Etat vient de révéler le déficit budgétaire prévu pour l'année 2011 : 90,8Mds EUR. Valérie Pécresse semble très satisfaite de ce chiffre, inférieur il est vrai de 4,6Mds EUR à la dernière estimation budgétaire.

Quand un gouvernement en vient à se féliciter d'avoir généreér 91Mds EUR de déficit budgétaire en une seule année, il est tout à fait normal de se demander si nous vivons toujours dans une démocratie éclairée, nourrie d'un débat d'opinion contradictoire et argumenté, ou dans une oligarchie népotique et kleptocratique d'Ancien Régime.